Je crois sincèrement aux bienfaits du développement personnel. Je pense même que c’est une étape essentielle et un sujet qui finit par nous rattraper tôt ou tard dans notre quête de sens. Mais aujourd’hui, face à la frénésie qu’on voit sur les réseaux sociaux autour de ce concept, je commence à me poser des questions.
Entre les grands gourous et ceux qui s’improvisent « coachs » après avoir feuilleté deux bouquins, je trouve que le mouvement perd de sa légitimité. Devenir « meilleur » est devenu un business florissant plutôt qu’un besoin intime et isolé. C’est désormais un mode de vie ultra-codifié, presque une performance théâtrale : on nous parle de « Winter Arc », de « disparaître pendant six mois » pour revenir « méconnaissable ».
Mais je me demande : pourquoi ? Pour quoi faire ? Et à quel prix ?
La leçon de Zima Blue
Cela me rappelle un épisode de Love, Death & Robots que j’ai découvert grâce à une amie : Zima Blue (attention, spoiler alert!). Zima est un artiste qui a poussé l’auto-amélioration à son paroxysme, allant même jusqu’à modifier son corps et son esprit pour comprendre l’univers. Pourtant, au sommet de la “perfection”, il choisit de tout abandonner, sous le regard de ceux qui l’admirent pour ce qu’il était devenu, pour redevenir ce qu’il était au commencement. C’est-à-dire un simple robot de nettoyage.
Au début, je pensais que son “final show” était parce qu’il comptait se suicider. Je me disais “C’est donc ça la conséquence ? Devenir parfait jusqu’à en crever ?”. Et c’est quand il a plongé dans la piscine que j’ai compris. Il ne se détruisait pas, il se retrouvait. Il expliquait qu’à chaque « upgrade », il gardait en tête ce petit carré bleu qui l’appelait. C’était son essence, son origine. Et un jour il comprit que c’était une chose suffisamment essentielle pour lui pour tout abandonner. Est-ce que comme lui, à force de vouloir nous « optimiser », ne risque-t-on pas de perdre notre essence ? À force de « performer » notre bien-être, n’oublions-nous pas la valeur de notre fonction première : simplement exister ?
Le courage d’être « moyenne »
Il existe maintenant une pression immense à être exceptionnel dans tous les domaines. Pourtant, il y a une forme de résistance, presque un acte politique, dans le geste de Zima. C’est un mouvement que j’ai aussi vu de plus en plus sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui on parle du courage d’être « moyen(ne) ». Avec des trends comme “Je ne suis pas la plus… de mes amies, et c’est okay” ou encore “J’ai toujours été la personne moyenne”. Accepter de ne pas être dans une performance constante, de ne pas être une « machine à succès », c’est se redonner le droit de respirer.
C’est une nouvelle forme d’authenticité qui commence.
Selon moi, le changement ne doit pas être une mode que l’on suit, ni une injonction que l’on impose aux autres. C’est un choix profondément personnel.
La validation externe comme moteur
Et puis, qu’est-ce qui nous motive réellement à changer ? Est-ce le résultat profond d’être plus en paix avec soi-même, ou est-ce la validation externe ? Est-ce que nous cherchons le changement pour nous, ou pour voir la stupéfaction dans les yeux de nos proches face à notre « nouvelle version » ?
J’ai l’impression que cette quête de dépassement se transforme souvent en une bataille intérieure brutale. On finit par dénigrer notre version actuelle parce qu’on la juge « pas assez performante », tout en idéalisant une version future qu’il faudrait atteindre le plus vite possible. Ce mouvement va jusqu’à une forme de violence psychologique, où l’on publie des messages volontairement blessants sous prétexte d’un « électrochoc » nécessaire. On lit des phrases comme : « Arrête de te récompenser avec de la nourriture après un effort, tu n’es pas une chienne. »
Résultat : le stress grimpe, la déception s’installe, et notre rigueur envers nous-mêmes devient punitive. Pourtant, la rigueur n’est pas l’ennemie, à condition qu’elle soit accompagnée d’amour. On devrait être rigoureux parce qu’on s’aime et qu’on sait qu’on mérite de s’épanouir, pas parce qu’on a horreur de qui l’on est aujourd’hui.
Changer par amour, pas par dégoût
Pour ne pas devenir notre pire ennemi, je pense qu’il est important de savoir pourquoi et pour qui on veut changer. Est-ce que si mon changement devait rester totalement invisible aux yeux du monde, aurais-je toujours envie de l’entreprendre ? Est-ce que mon envie de changer est un geste de soin pour mon futur, ou une punition pour mon présent ? Et si la version la plus « performante » de moi-même était, tout simplement, celle qui n’a plus besoin de prouver qu’elle l’est ?
Je reste convaincue que nous pouvons tous évoluer, mais l’enjeu a changé. Ce n’est plus l’étiquette de « réussite » donnée par la société qui compte, mais la légitimité que nous accordons à nos propres émotions.
On ne change pas pour fuir qui l’on est, mais parce qu’on s’aime suffisamment pour s’offrir un horizon plus vaste. Le « New Me » n’a pas besoin d’être spectaculaire pour être le meilleur ; il a juste besoin d’être plus en phase avec lui-même.
L’enjeu n’est plus l’étiquette donnée par l’autre, mais celle que l’on se donne à soi-même.

No responses yet